Informations sur l’œuvre

Catégorie

Estampe

Technique

Pointe sèche

Date

1901

Dimensions

44 cm x 53.1 cm

Signature

Signée en bas à droite

Justificatif(s) d’authenticité

L’authenticité de cette œuvre a été confirmée par l’Association des Amis de Paul-César Helleu et elle est répertoriée dans le Catalogue Raisonné Digital sous la référence APCH PS-1012.

État de conservation

Feuille en excellent état général, légèrement insolée, sans que cela n’altère la lecture de l’œuvre ni sa qualité esthétique.

Encadrement

Non

Localisation

Paris, France

Description

La Duchesse de Marlborough endormie avec son chien
Paul-César Helleu (1859–1927)
1901

Pointe sèche sur cuivre, imprimée sur papier
Dimensions de la feuille : 44 × 53,1 cm (17.3 × 20.9 in)
Dimensions de la planche : 29,4 × 39,8 cm (11.6 × 15.7 in)
Signée au crayon en bas à droite

Œuvre répertoriée au Catalogue raisonné digital de Paul-César Helleu
Référence : APCH PS-1012
Authentifiée par l’Association des Amis de Paul-César Helleu

Dans cette pointe sèche d’une rare délicatesse, Paul-César Helleu représente Consuelo Vanderbilt, duchesse de Marlborough, assoupie sur un canapé, son chien blotti contre elle. La scène se déroule au palais de Blenheim à Woodstock, résidence mythique de la famille Marlborough.

La composition est d’une intimité saisissante. La duchesse, abandonnée au repos, est dessinée d’un trait léger et vibrant, presque suspendu. Les lignes glissent sur le papier avec une économie de moyens remarquable : quelques traits suffisent à suggérer le volume du corps, la souplesse des étoffes, la douceur d’un instant volé. Le chien, traité avec une intensité graphique plus marquée, devient un point d’ancrage visuel et émotionnel au cœur de la composition.

La virtuosité de la pointe sèche est ici pleinement déployée. Helleu utilise la pointe de diamant pour inciser directement la plaque de cuivre, obtenant un trait à la fois velouté, nerveux et profondément sensible. Les noirs, tantôt soyeux, tantôt appuyés, contrastent avec la légèreté des zones laissées presque vierges, créant une respiration visuelle qui participe à l’atmosphère de calme et d’intimité.

Contexte historique et artistique
Réalisée en 1901, cette œuvre s’inscrit dans la période la plus recherchée de l’œuvre gravé de Paul-César Helleu. À cette époque, l’artiste est au sommet de son art et portraiture les grandes figures féminines de son entourage mondain avec une liberté et une modernité exceptionnelles.

Consuelo Vanderbilt, héritière américaine devenue duchesse anglaise, incarne parfaitement l’idéal féminin d’Helleu : élégance naturelle, distinction, intériorité. Loin du portrait officiel, Helleu choisit ici une scène privée, presque secrète, fidèle à son obsession de saisir "l’instant de grâce", cher aux critiques de son temps.

Cette composition est directement issue d’un dessin original de 1900 (APCH DE1-484), conservé aujourd’hui au musée Bonnat-Helleu de Bayonne, ce qui confère à cette pointe sèche un statut particulier : celui d’une transposition gravée d’un motif majeur dans l’œuvre dessiné de l’artiste.

Provenance et importance de l’épreuve
Cette pointe sèche est documentée par une provenance remarquable. Un exemplaire de cette œuvre a notamment appartenu à Andy Warhol.
La Bibliothèque nationale de France conserve deux états connus de cette pointe sèche (noir et sépia/noir), soulignant l’importance institutionnelle de cette composition dans l’œuvre gravé d’Helleu.

Pourquoi cette œuvre est importante ?
La Duchesse de Marlborough endormie avec son chien compte parmi les images les plus iconiques, intimes et recherchées de l’œuvre gravé de Paul-César Helleu.

Elle réunit :
- un sujet emblématique (Consuelo Vanderbilt, figure majeure de la Belle Époque),
- une technique portée à son plus haut degré de raffinement,
- un lien direct avec un dessin conservé dans une collection muséale,
- une provenance historique prestigieuse,
- une documentation critique solide.

Bibliographie

- Van Der Veer, Lenore, « A Painter of Unconventional Portraits », The Lady’s Magazine, janvier 1902, p. 4.
- Adhémar, Jean ; Lethève, Jacques ; Gardey, Françoise, Inventaire du fonds français après 1800, tome 10, Paris, Bibliothèque nationale, 1958, n° 364, p. 221.
- Paul Helleu Drypoints, catalogue d’exposition, Galerie Lumley Cazalet Ltd, Londres, 25 juin – 24 juillet 1992, n° 26.

Imaginez l’œuvre chez vous

L'artiste

Peintre
Dessinateur

Paul-César Helleu

Artiste célèbreArtiste célèbre
Peintre
Dessinateur
Né(e) en 1859
France

Biographie

Le nom de Paul-César Helleu évoque une époque, et tout particulièrement une société mondaine de la fin du XIXe siècle jusqu’aux dernières années précédant la Première Guerre Mondiale en Europe, que Marcel Proust a si admirablement décrite dans ses ouvrages.

La délicatesse, le goût et son talent pour très personnel de dessinateur ont largement contribué à l’extraordinaire succès de cet artiste. Sa célébrité repose sur la représentation virtuose de jolies femmes du grand milieu parisien, mais aussi de la société internationale dominée par l’élégance anglo-saxonne.

Aujourd’hui, l’histoire de la peinture le résume à des représentations qui limitent trop son talent à la mode d’un temps, sans tenir compte de toute une partie de sa production artistique vouée à la peinture de la nature, des paysages de mer en particulier, où le raffinement s’accorde aux accents sensibles d’un véritable artiste.

Helleu est né à Vannes en 1859. Au décès de son père, inspecteur des Douanes, il est envoyé à Paris au Lycée Chaptal. En 1876, il est admis à l’École des Beaux-Arts de Paris dans l’atelier de Jean-Léon Gérôme, mais ce sont surtout les peintres de plein air qui l'attirent. Il se lie d’amitié avec Whistler et Sargent, puis avec Monet qu’il rencontre chez Durand-Ruel lors de la seconde Exposition Impressionniste.

Pour survivre, Helleu travaille pour le céramiste Deck pour qui il exécute des décors de plats. C’est à cette occasion qu’il fait la connaissance de Giovanni Boldini avec lequel il partagera une très longue amitié.

Avec Jacques-Émile Blanche, il partage un goût passionné pour l’Angleterre depuis un voyage à Londres en 1885. Cette même année, il fait un essai de gravure avec une pointe de diamant offerte par James Tissot.

En 1884, Madame Guérin lui commande un portrait de sa fille Alice, alors âgée de 14 ans. Il en tombe éperdument amoureux et l’épouse deux ans plus tard. Le pastel, réalisé à cette occasion, ainsi que La Gare Saint-Lazare seront présentés au Salon de 1885.

En 1886, alors qu’il a déjà été remarqué dans plusieurs expositions, il refuse avec son ami Monet de participer à la VIIIe Exposition Impressionniste malgré les sollicitations de Degas. C’est sans doute la raison pour laquelle, il n’a jamais fait partie du mouvement des Impressionnistes, ni été reconnu comme tel. L’année suivante, Robert de Montesquiou lui achète un lot de six gravures. De cette rencontre naîtra une amitié profonde avec le collectionneur qui le mettra en relation avec sa cousine, la comtesse Greffuhle. Dès cet instant, l’artiste pénètre dans la société parisienne et devient le portraitiste à la mode.

En 1893, Helleu entame une série de vitraux de cathédrales et, dès l’année suivante, il change de thème et s’attarde sur le parc de Versailles.

En 1897, il exposera au Salon du Champ de Mars ses peintures de Versailles et ses marines.

L'artiste est un novateur qui s’attire l’admiration et la curiosité de ses contemporains. En 1889, à l’inverse du goût prononcé de l’époque pour les intérieurs sombres, il fait peindre en blanc les murs de son appartement du 68 Bld Pereire, puis ceux du 45 rue Émile Ménier.

Helleu est bientôt sollicité partout : il expose à Londres en 1895 où le catalogue de l’exposition, préfacé par Edmond de Goncourt, consacre sa notoriété. Il rencontre alors Marcel Proust qui lui est présenté par Montesquiou et débute avec lui une relation profonde qui inspirera à l’auteur le personnage du peintre Elstir dans A la Recherche du Temps Perdu. Helleu gravera le portrait de Marcel Proust sur son lit de mort.

Comme Elstir, Helleu est passionné par la mer. Au plaisir du yachtman, qui passe le plus clair de son temps sur de superbes bateaux - il en possèdera quatre - le peintre découvre de nouvelles sources d’inspiration aussi bien dans les toilettes des femmes que dans ses visions de l’eau et du ciel, tantôt voilées, tantôt bleuâtres.

Le style Helleu, qui caractérise l’élégance ou le raffinement et la grâce féminine, obtient un immense succès tant à Paris qu’à Londres ou à New York où il se rend partir de 1902. Il remporte un vif succès aux Etats-Unis avec ses portraits de femmes élégantes et, en 1912, il obtient la commande du plafond du Hall de la Gare Grand Central de New York, avec le thème des signes du zodiaque : il compose une voûte étoilée, traversée d’un zodiaque aux signes d’or et voie lactée argentée.

Helleu meurt en 1927, des suites d’une opération alors qu’il projetait avec Forain une grande exposition de ses peintures.

Les Amis de Paul-César Helleu, association fondée en 2001 par Paulette Howard-Johnston, fille de l'artiste, a pour mission la protection, la diffusion et le rayonnement de l'œuvre de Paul-César Helleu. En 2020, grâce à un travail collectif réalisé sur plusieurs générations les Amis de Paul-César ont publié le catalogue raisonné digital de l'artiste.

"Le gracieux Helleu peint d'une couleur inconnue entre le délice et le bleu." Stéphane Mallarmé

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