La nature morte a émergé dans la peinture à partir du 17ème siècle dans les Écoles du Nord, pour ensuite se développer dans le reste de l’Europe. Dans cet article, nous vous présentons les principales écoles de la peinture de nature morte au 17ème siècle.

Art Shortlist
par Thibault de Watrigant - 27 février 2020

L’École Hollandaise du 17ème siècle

Vanité, Pieter Claesz, 1630, Mauritshuis, La Haye

Cette période que l’on nomme « siècle d’or hollandais », a tout simplement donné ses lettres de noblesse à la pratique de la nature morte. Véritable terre promise pour les peintres au 17ème siècle, les natures mortes sont ainsi commandées par des mécènes souvent fortunés ; ce thème devient rapidement à la mode, un thème bourgeois. Les natures mortes de cette période étaient pour la plupart des peintures de petits formats avec des compositions épurées ; de plus, les rendus de matières étaient d’une précision chirurgicale. Les peintres de nature morte de l’âge d’or hollandais étaient les grands spécialistes pour insérer des sens cachés ou de véritables leçons de morale à leurs créations.

Par exemple : 

  • Ils utilisaient des vanités comme le crâne (comme sur la photo ci-dessus), un « memento mori » venant rappeler aux hommes que la vie est courte et que nous sommes tous de passage. Ces peintures délivraient le message « Souviens-toi que tu vas mourir ». Ce rappel pouvait aussi être fait par des éléments comme un verre à moitié plein, un sablier, ou un fruit coupé en morceaux.
  • Certains peintres souhaitaient faire l’éloge de la puissance maritime de ce territoire en peignant des objets comme des cartes, mais aussi des objets ramenés de voyages en orient : de la porcelaine, des fruits exotiques, des épices… 

À chaque peintre de nature morte sa spécialité : cela pouvait être les fleurs, les livres, les tables de repas. En définitive, voici les artistes hollandais de cette période à retenir pour la nature morte : Pieter Aertsen (1508-1575), Pieter Claesz (1597-1660), Willem Kalf (1622-1683), Abraham Hendriksz van Beyeren (1620-1690), Jan Davidsz de Heem (1606-1684).


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L’École Française du 17ème siècle

Fleurs, fruits, et objets d'art, Jean-Baptiste Monnoyer, 1665, Musée Fabre, Montpellier

Toute une partie des peintres français de cette période se sont intéressés de près à la pratique de la nature morte ; les fleurs se vendaient même en grand nombre pour fournir des sources d'inspiration aux artistes. L’horticulture était donc un marché que l’on pouvait qualifier de « florissant » à cette époque. Par ailleurs, l’ouverture de jardins botaniques et les découvertes en la matière ont entraîné une véritable émulation autour des plantes.

Un artiste comme Jean-Michel Picart (1600-1682) est un des plus importants représentants de ce style de peinture au 17ème siècle. Au départ, il produisait des tableaux floraux simples et épurés ; ensuite, il a choisi de charger ses compositions avec de multiples éléments tels que des draperies ou des objets.

Au cours du 17ème siècle, on trouvait également un autre artiste de grand talent : Jean-Baptiste Monnoyer (1636-1699), lui aussi tourné vers les fleurs. Il n’hésitait pas dans certaines de ses compositions à ajouter des objets (voir la photo ci-dessus) : horloges, palettes de peintre, globes, vases ou draperies. Les sens cachés dans la peinture de cette époque étaient multiples. Par conséquent, il est assez fascinant de tenter de les déchiffrer. Finalement, les thèmes évoqués étaient généralement tous assez proches de ceux de l’École Hollandaise.

On peut citer d’autres artistes français de cette époque qui ont marqué de leur empreinte la peinture de nature morte : Lubin Baugin (1612-1663) qui a commencé comme peintre de nature morte pour ensuite se tourner vers une peinture plus inspirée par la culture italienne. Jean-Basptiste Belin (1653-1715) a eu comme maître Jean-Baptiste Monnoyer. Vous pouvez retrouver ses natures mortes au sein des collections du Musée du Louvre. On peut aussi citer Pierre Dupuis (1610-1682), Louise Moillon (1610-1696), et Jacques Linard (1597-1645).


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L’École Espagnole du 17ème siècle

Coing, chou, melon et concombre, Juan Sánchez Cotán, vers 1602, Musée d'art de San Diego

La pratique de la nature morte en Espagne au 17ème était principalement un moyen de véhiculer la morale religieuse. Parfois inspirée dans son esthétique par l’art flamand, elle est néanmoins une peinture plus sobre et épurée. Les relations qu’entretenaient les deux puissances sur les plans économique, culturel et politique expliquent aussi cette inspiration mutuelle. Juan Sánchez Cotán (1560-1627) est considéré comme le premier représentant de la nature morte espagnole. Le mot « Bodegón » qui signifie nature morte, est utilisé pour qualifier cette peinture. On peut y trouver des légumes, des viandes, des animaux, des fruits, des pots...

Un peintre comme Velásquez s’est essayé à cette pratique en mélangeant scène religieuse et scène de genre. Dans le tableau « Le Christ dans la maison de Marthe et Marie » peint en 1618, on peut y voir une cuisine ouvrant sur une scène biblique qui se situe en haut à droite. Alors, est-ce un tableau dans le tableau ou une véritable fenêtre, c'est tout le mystère de cette œuvre ! La version de ce sujet biblique que fera Vermeer 30 ans plus tard, n’accordera pas une place aussi importante à la nature morte. Jugez plutôt par vous-même :

Autre grand initiateur de la nature morte espagnole : Francisco de Zurbarán (1598-1664), auteur de tableaux épurés avec des arrières-plans sombres et une grande minutie dans les petits détails. Au 17ème siècle, on peut également citer : Juan van der Hamen y Léon (1596-1631), Miguel de Pret (1595-1644), Tomás Hiepes (1595-1674).

Durant les siècles suivants de grands artistes ibériques s’essayeront à leur tour à la nature morte, sorte de passage obligé pour se faire un nom. Parmi eux : Francisco de Goya, Luis Meléndez, Pablo Picasso, Juan Gris, Salvador Dalí ou Joan Miró. C'est donc une pratique qui a traversé les siècles avec succès.