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Jean-Michel Basquiat à la source du mouvement hip-hop

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Par Thibault de Watrigant10 min
21/05/20

De nos jours, Jean-Michel Basquiat est régulièrement associé à la culture hip-hop. Alors, est-ce une association légitime ou faisons-nous passer Basquiat pour un porte-drapeau qu’il n’a jamais été ?

Les liens que Basquiat a pu entretenir avec cette culture sont assez complexes. Découvrons ensemble comment Basquiat est devenu l'une des grandes icônes du hip-hop.

Boy and dog in a Johnnypump, Jean-Michel Basquiat, 1982


Sommaire

  • Définition du hip-hop
  • Basquiat et le hip-hop
  • Basquiat, membre du groupe Gray
  • Fab 5 Freddy, l’homme qui lui fit découvrir le hip-hop
  • Basquiat et la danse
  • Du hip-hop dans son processus créatif : le "sampling pictural"
  • L’utilisation de la punchline dans son art
  • RZA, le Wu-Tang et Jean-Michel Basquiat
  • Une façon de travailler proche du hip-hop
  • Basquiat, véritable icône du hip-hop à Brooklyn
  • Les hommages à Basquiat dans le hip-hop


Définition du hip-hop

Avant toute chose, définissons ce qu’est le hip-hop, comment est-il apparu ? 

Ce mouvement culturel et artistique est apparu dans les ghettos noirs et latinos de New York au début des années 1970. Des rassemblements ont largement participé à sa propagation : les blocks parties. Ces fêtes en musique se déroulaient en présence de plusieurs DJ, qui mixaient les morceaux à succès du moment, provenant de différents genres musicaux : la soul, le funk, le disco et le rock. 

Le père du mouvement se nomme DJ Kool Herc, d’origine jamaïcaine, il se lance dans la musique pour oublier la violence des gangs, et pour tenter de pacifier son ghetto. Le but premier du hip-hop n’a jamais été d’être commercial. Le hip-hop à l'origine, était un mouvement qui délivrait des messages de paix, d’unité et de partage. 

Il faut noter que le hip-hop a vraiment commencé à se propager dans le monde à partir des années 1980. Des artistes et des groupes légendaires ont largement contribué à son rayonnement international, par exemple : Run DMC, LL Cool J, A Tribe Called Quest, Eric B. and Rakim, KRS-One, EPMD, Slick Rick, Beastie Boys, De La Soul et Public Enemy.


Le hip-hop est composé de 5 disciplines, ce sont ses 5 piliers fondamentaux :

  1. Le Rap : il est le rétroacronyme de "rhythm and poetry". En français, on le défini aussi par les trois B : Bavarder, Baratiner, Blâmer. Le Rap est une forme d’expression vocale qui est accompagnée de rythmes que l’on nomme les "beats". Le rappeur est qualifié de "MC" : Master of Ceremony.
  2. Le Beatboxing qui signifie bruitages rythmés avec la bouche. Il peut venir accompagner un MC lors de sa prestation. Cela reste malgré tout une discipline à part entière qui relève d’une agilité de la bouche assez impressionnante.
  3. Le Graffiti que nous ne présentons plus tant il fait partie de la culture contemporaine.
  4. La Danse avec des mouvements comme le Breakdance, ou l’Electric Boogie. Les danseurs sont appelés les "B-Boys". Toutes ces appellations techniques démontrent la richesse culturelle du hip-hop.
  5. Le Djing est l’art de mixer des vinyles sur des platines et la création de beats. Cette discipline comprend : le Scratch et le Beatmaking. Le premier cité est de l’ordre de la performance, dans la mesure où le DJ improvise avec des disques qu’il a sélectionné, afin de les faire tourner à sa façon. La seconde relève de la création d’instrumentales, le fameux "beats", qui sera ensuite enregistrée afin d’en faire une boucle sur laquelle un MC pourra venir placer sa voix, et de ce fait enregistrer un morceau complet de rap.


Basquiat et le hip-hop

Pez Dispenser, Jean-Michel Basquiat, 1984

Rappelons que Jean-Michel Basquiat est né en 1960, il avait donc un peu plus de 10 ans lorsque le hip-hop est apparu comme une culture populaire dans les ghettos. Basquiat a pratiqué au moins quatre disciplines sur les cinq cités précédemment. La seule discipline sur laquelle on ne peut avoir aucune information est la pratique du Beatboxing. Pour les autres, nous disposons d'éléments pour affirmer que Jean-Michel a été l'un des acteurs du hip-hop.


Basquiat, membre du groupe Gray

La pratique du graffiti que Jean-Michel Basquiat a eue en 1979 l’a amené à découvrir la culture hip-hop dans son ensemble. La formation du groupe "Gray", qui vient de la rencontre de Basquiat et d’un certain Michael Holman, a été déterminante dans sa vie de musicien. Le destin fit que Basquiat le rencontra à une soirée et qu’ils décidèrent de monter ce groupe sur un coup de tête. Précisons qu’aucune de ces deux personnes ne savait jouer d’un instrument à ce moment-là...

Ce groupe a connu quelques changements de nom, le premier était : "Channel 9", ensuite, il s’est rebaptisé : "Test Pattern" pour finir par s’appeler "Gray". De nouveaux membres s’y sont ajoutés au fil du temps, la liste complète des membres du groupe comprend : Jean-Michel Basquiat, Michael Holman, Wayne Clifford, Nick Taylor et Felice Rossen.

Le groupe Gray a réalisé des mélanges sonores assez bruyants, à l'aide de sons électroniques et des bruitages improvisés. Si l’on devait donner un style à cette musique, on pourrait dire qu’elle reprend le chaos du punk et les folles improvisations du jazz si cher à Basquiat. Ainsi, Basquiat réalisera des improvisations à la flûte traversière et sur la table de mixage.


Fab Five Freddy, l’homme qui lui fit découvrir le hip-hop

Fab Five Freddy

Fab Five Freddy fut la personne clef qui amena Basquiat à adhérer au mouvement musical du hip-hop. Cette adhésion s’est faite progressivement, mais quand il a commencé à être passionné, il a tout donné pour cette culture. Notons aussi que Michael Holman a eu un rôle clef dans la diffusion du hip-hop, car il a permis à un jeune artiste du nom d’Afrika Bambaataa de rencontrer l’un des plus grands producteurs de l’époque : Malcolm McLaren. Afrika Bambaataa est depuis devenu une légende du hip-hop, en reprenant des musiques de la pop allemande pour faire ses beats, il excelle dans l’art du djing. McLaren, son producteur, avait mis en lumière les Sex Pistols, avant de tomber amoureux du hip-hop. La musique pop est omniprésente dans les boucles de Afrika Bambaataa, un homme très mystérieux auquel on attribue la paternité du hip-hop au même titre que DJ Kool Herc et Grandmaster Flash.

Le groupe Gray n’a existé que de mai 1979 à août 1980, mais ce groupe a permis à Basquiat de se montrer sur scène comme un grand danseur, DJ et chanteur. De plus, il jouait régulièrement au Mudd Club, la boîte de nuit où il rencontra Madonna. Le Groupe réalisera quelques albums, le plus notable se nomme : Shade of.

Une grande amitié entre Basquiat et Fab Five Freddy s’installa. Fab était caméraman pour une émission de télévision "TV Party" en compagnie de Glenn O’Brien, émission à laquelle Basquiat était régulièrement convié. Cela eut pour effet de propulser Basquiat au-devant de la scène.

Basquiat fut repéré pour jouer dans un film, qui à l’origine se nommait "New York" en 1980. Finalement, il ne sortit qu’en 2000 sous le nom de Downtown 81. Ce film s’inspire de la vie de Basquiat, le héros étant joué par Basquiat lui-même. Il vagabonde dans les rues de New York, à la recherche d’argent et de reconnaissance du monde artistique. On le voit se faire expulser par son logeur qui refuse d’accepter une de ses toiles en échange d’un loyer. Ce film est une grande réussite cinématographique et Basquiat s’avère être un grand acteur. On doit remarquer que la bande son du film est en grande partie issue des musiques du groupe Gray. 

Fab Five Freddy est donc une des personnes clefs dans sa réussite artistique. Il est un des premiers à avoir cru en lui. Les expériences s’enchainèrent donc pour Jean-Michel, par l’intermédiaire de O’Brien et de l’émission TV Party. Il fit la connaissance du groupe de rock Blondie et se retrouva associé au clip du titre Rapture.

Fab Five Freddy a eu un autre rôle important dans la vie de musicien de Basquiat, il lui a fait connaître : Rammellzee, un autre artiste avec lequel il composera des instrumentales, comme celle de la musique : Beat Bop en 1983, preuve que Basquiat ne cessa jamais d’aimer la musique. Par cette musique, Basquiat participe à remettre en chanson les idées qu’il véhicule sur ses toiles : la mise en avant de ses héros, une révolte maîtrisée contre les injustices socio-raciales. Rammellzee est dans cette musique le MC accompagné de K-Rob. Cette musique a un fond à la fois méditatif, mais aussi revendicatif, à écouter sans modération !


Basquiat et la danse

Sa créativité en matière de hip-hop ne s’arrête pas là, Basquiat est aussi un danseur de talent qui sait inventer des chorégraphies et se produire en public. Il le faisait principalement au Mudd Club à New York, la boîte de nuit où il fallait être au début des années quatre-vingt. On pouvait y entendre des musiques expérimentales, de la new wave, c’était le lieu des créations et des nouveautés. Basquiat s’y rendait régulièrement accompagné de son ami Keith Haring. C’est en cela que Basquiat est un des modèles du hip-hop. 


Du hip-hop dans son processus créatif : le sampling pictural