Né d’un père originaire d'Haïti et d’un mère d’origine portoricaine, Jean-Michel Basquiat a utilisé à de nombreuses reprises le symbole de la couronne dans son art. Découvrons ensemble quelle est la signification de ce qui est devenu son emblème, sa signature.

Art Shortlist
par Thibault de Watrigant - 28 février 2021

L’origine du nom Basquiat

Pour mieux comprendre pourquoi Basquiat a utilisé la couronne en guise de signature, il est intéressant de connaître l’origine du nom Basquiat. L’origine du nom de famille Basquiat est plus complexe qu’on ne l’imagine et peut nous éclairer sur la fameuse couronne signature de l’artiste américain.

Pour trouver des informations sur cette famille, il faut consulter un ouvrage publié pour la première fois en 1903 :

Le Dictionnaire des Familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXème siècle de Gustave Chaix d’Est-Ange.

Source : livre.fnac.com

Ce livre fait référence à la famille Basquiat, cette dernière aurait appartenu à la noblesse française dans l’actuel département des Landes en France. Aussi, l’auteur indique qu’il existait une autre branche de cette famille au Pays Basque espagnol. Cette branche se serait éteinte en 1586.

Intéressons nous donc à la branche implantée dans les Landes, les "de Basquiat", membres de la haute noblesse : Jean de Basquiat au 16ème siècle était écuyer, il habitait la ville de Saint-Sever. Louis XIV a maintenu la qualification de noble pour cette famille, son successeur Louis XV l’a aussi validée, mais par la suite, elle fit débat. En effet, un certain Mathieu de Basquiat né en 1724 à Saint-Sever avait fait l’objet d’un rapport de généalogie.

Ensuite, on trouve Bernard de Basquiat dit baron de Toulouzette et mousquetaire de la garde du roi au 18ème siècle. Le dernier que nous trouvons dans cette généalogie est : Alexis de Basquiat, conseiller du Roi, député du tiers état de la sénéchaussée de Dax aux états généraux en 1789.


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Ce nom aurait été transmis pendant l’esclavage

Il est tout à fait probable que des membres de la famille "de Basquiat" sont partis en exil au moment de la révolution francaise. Ces derniers ont vraisemblablement choisi des terres d’esclavage et ils auraient perdu leur particule qui était déjà un sujet épineux par le passé.

Détails de Mecca de Jean-Michel Basquiat, 1982

Les Basquiat auraient alors donné leur nom à des esclaves qui leur appartenaient ou qu’ils connaissaient. Cette transmission du nom peut venir de là, bien que nous ne puissions en être sûrs. Ce nom de famille et son évolution nous permet donc de faire le lien entre la noblesse et l’usage obsessionnel de la couronne dans l'œuvre de Basquiat.


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Basquiat aurait utilisé la couronne pour rendre hommage à ses racines familiales

Basquiat utilise cette couronne dès ses débuts en tant que graffeur dans les rues de New York. Avec son ami Al Diaz, il pose le mot "SAMO" (“Same old shit”) sur les murs de la ville.

A panel of experts, Jean-Michel Basquiat, 1982

Basquiat a arrêté le lycée à l’âge de 17 ans pour se consacrer à l’art et à une vie de bohème où l’on vit au jour le jour. Il a coupé les ponts avec sa famille proche, mais est resté en contact direct avec ses racines. Il a utilisé cette couronne peut-être par prétention, mais il est plus probable qu’il l’a utilisée en connaissant l’origine française et noble de son nom. Il parlait d’ailleurs admirablement bien la langue de Molière.


Une peinture qui symbolise l’amour de Basquiat pour la couronne

Une œuvre qui se réfère à la couronne sans la mention SAMO est particulièrement intéressante. Cette peinture se nomme Red Kings, elle a été peinte en 1981 sur une fenêtre, à la façon d’un diptyque.

Red Kings, Jean-Michel Basquiat, 1981

Il faut savoir que Basquiat était capable de produire une œuvre sur n’importe quel support qui lui passait sous la main : des casques, des murs, des portes, des réfrigérateurs, des chauffages, des téléviseurs...

Red Kings mesure 81 x 93,5 cm, avec cette création en diptyque, Basquiat montre qu’il possédait une bonne connaissance de l’histoire de l’art. Avec ce tableau, il s’intéresse au passé, aux rois de France et à l’origine de son nom. 

Sa recherche d’informations sur ses racines est perpétuelle, comme un combat personnel contre une famille qui n’a pas voulu lui en dire plus ou qui n’avait simplement aucune information à lui communiquer au sujet de l’origine de ce nom énigmatique.

De plus, Basquiat montre qu’il aime beaucoup le symbole du roi. Il ne l’a jamais caché, il veut être le roi de sa discipline, la figure de gauche sur cette peinture représente Basquiat lui-même, on voit d’ailleurs les lettres : "BSQ" sur les deux yeux et le nez. 

Par le biais de ce chef-d'œuvre, on perçoit bien le désir de Jean-Michel Basquiat de s’ériger en roi et de se représenter comme tel à l’âge 21 ans. Une forte ambition qui ne l’aura jamais quittée au cours de sa courte mais prolifique carrière d’artiste.