Une question ? Appelez-nous au +33 9 77 215 600

Focus sur une œuvre : Le Cri d'Edvard Munch

Revenir au journal
Par Art Shortlist5 min
30/03/21

Dans "Focus sur une œuvre", Art Shortlist vous propose de découvrir des chefs-d'œuvre qui ont marqué l’histoire de l’art. Aujourd’hui, nous décryptons Le Cri de l’artiste expressionniste norvégien Edvard Munch (1863-1944). Posons notre loupe sur cette œuvre mémorable.

Edvard Munch, un artiste torturé

Edvard Munch était un graveur et peintre norvégien. Il est considéré comme l’un des précurseurs de la peinture dite expressionniste, notamment grâce à une exposition faite à Berlin en 1892. Aujourd’hui, il est certainement l’artiste scandinave le plus connu au monde et le Cri ne semble pas étranger à cette reconnaissance internationale.

Pour mieux comprendre cette œuvre, il est important d'en savoir plus sur l’homme et son enfance. Très jeune, il a rencontré la maladie et la mort. En effet, sa mère fut emportée par la tuberculose, il n’avait alors que 5 ans. Sa sœur aînée est morte peu de temps après de la même maladie.

L'enfant malade, Edvard Munch, 1885-1886

Le norvégien est resté traumatisé par ce passage de sa vie. Il sera souvent touché par des dépressions.

Par ailleurs, une autre de ses sœurs fut diagnostiquée mélancolique et son frère est mort seulement quelques jours après son mariage.

Son père quant à lui s’est renfermé après ces différentes tragédies, il est même devenu dépressif et agressif. Il a élevé Edvard dans la religion et lui racontait beaucoup de légendes et d’histoires de fantômes.

Edvard Munch en 1902

Dès l’âge de 16 ans, il voulait devenir peintre. Il a peint des aspects subjectifs et psychologiques. Les thèmes abordés par l’artiste étaient la mort, la peur, la douleur, l’angoisse et la mélancolie. Par le biais de sa peinture, il voulait exprimer "les états d'âme les plus subtils".


Il existe 5 versions du Cri

Le Cri ("Skrik" en norvégien) est une série de 5 œuvres produites par Edvard Munch entre 1893 et 1910. Sur les 5 œuvres, il existerait quatre versions majeures et une lithographie.

Les cinq versions connues du Cri de Munch

La version la plus célèbre est une tempera sur carton de 1893 conservée à la Nasjonalgalleriet d’Oslo. Elle mesure 91 x 73,5 cm.

Une autre tempera sur carton de 1910 est conservée au musée Munch à Oslo, elle mesure 83 x 66 cm. Ce musée détient aussi une autre version au pastel datant de 1893.

Il existe aussi une version au pastel de 1895 détenue vraisemblablement par une collection particulière.

La lithographie est en noir et blanc, elle a été réalisée à Berlin en 1895.

Le Cri fait partie d’une série de tableaux appelée la Frise de la Vie. Cette série est une allégorie du déroulement de la vie.


Un extrait du journal intime de l’artiste nous renseigne sur le Cri

Le 22 janvier 1892, Edvard Munch écrivait ces quelques lignes dans le journal qu’il tenait :

"Je me promenais sur un sentier avec deux amis — le soleil se couchait — tout d'un coup le ciel devint rouge sang. Je m'arrêtai, fatigué, et m'appuyai sur une clôture — il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu-noir de la ville — mes amis continuèrent, et j'y restai, tremblant d'anxiété — je sentais un cri infini qui passait à travers l'univers et qui déchirait la nature".


Un cri infini ?

Tout d'abord, on peut se demander d’où vient le cri ? En effet, l’extrait du journal de Munch nous laisse penser que ce cri ne provient pas du personnage principal du tableau. Ce personnage semble effrayé et il se couvre même les oreilles, ce qui nous conforte dans cette idée.

Le Cri, Edvard Munch, 1893

Certains avancent l’hypothèse que ce cri serait en fait fantasmagorique et lié aux sentiments ressentis par l’artiste face à la nature ce jour de janvier 1892. Ce personnage serait en fait une représentation de Munch lui-même et de son angoisse existentielle.


Le cri d’un volcan

Selon Donald Olson, un professeur d'astrophysique à l'université du Texas, ce cri pourrait être inspiré d’un phénomène naturel.

Le 26 août 1883, le Krakatoa, un volcan indonésien est entré en éruption dans des proportions jusqu’alors rarement vues. Ces éruptions ont provoqué des tsunamis ainsi qu’un bruit assourdissant.

Lithographie de l’éruption du Krakatoa datant de 1888

Le réveil soudain de ce volcan aurait déclenché de fortes émotions chez Edvard Munch qui s’en serait souvenu même dix ans plus tard au moment de prendre son premier Cri. Selon certains scientifiques, il aurait pu en être le témoin même à des milliers de kilomètres.

En effet, le bruit de l’éruption était au minimum d'une puissance de 172 décibels, il était si puissant qu’il fut entendu à 4800 kilomètres à la ronde. Aussi, des millions de particules de cendres volcaniques se sont éparpillées dans l’atmosphère dans le monde entier, et notamment au Nord de l’Europe, en Norvège.

Ces deux passages du journal de Munch nous confortent dans l'idée que c'est bien de l'éruption dont il parle : "Tout d’un coup le ciel rouge sang" et "je sentais un cri infini qui passait à travers l'univers et qui déchirait la nature.".

Les teintes rouges et le ciel sombre qui produisent un contraste saisissant pourraient donc être inspirés de cette éruption historique survenue en Indonésie et qui a vraisemblablement eu un impact planétaire.


Des nuages tourbillonnants

Le Cri de Munch est une œuvre marquante car le personnage représenté est bien reconnaissable. Il est cependant intéressant avant d’analyser le personnage de se pencher sur les couleurs utilisées qui sont tout sauf habituelles pour l’époque.

À droite du pont qui vient scinder le tableau en deux, on trouve des couleurs qui semblent voler, dignes des plus incroyables couchers de soleil.

La palette est composée de tons orangés, rouges, ocres, jaunes, verts et bleus. Ces couleurs associées d’une manière étrange confèrent un aspect anxiogène à cette œuvre.


Un visage perturbant

Après avoir analysé les couleurs et le contexte dans lequel Munch a peint le Cri, concentrons-nous sur le visage dérangeant et qui semble pousser un cri au centre de l'œuvre.

Un visage simplifié, dépourvu de cheveux et toute chaleur humaine, voilà comment on peut décrire ce visage.

Une momie Chachapoya au Musée de l'Homme -  Velvet ©

En 1978, l’historien d’art Robert Rosenblum émettait l’hypothèse que Munch se serait inspiré de momies du peuple péruvien Chachapoya.

En effet, Edvard Munch vivait à Paris en 1889 au moment de l’Exposition Universelle. C’est à cette occasion qu’il aurait pu voir ces momies d'Amérique du sud. D'ailleurs, elles ressemblent fortement à son personnage énigmatique.

Paul Gauguin a aussi été inspiré par les momies Chachapoya, comme en témoigne le personnage assis en bas à gauche dans son immense huile sur toile intitulée : D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?.

D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?, Paul Gauguin, 1897-1898


Deux choses amusantes sur le Cri

Depuis 2010, le Cri possède son propre emoji. Il symbolise la peur, la crainte, l'effroi ou encore l’incrédulité.

En mai 2012, la version au pastel du Cri de 1895 a été vendue par le milliardaire norvégien Petter Olsen pour 119 millions de dollars. À l’époque, elle était l'œuvre la plus chère de tous les temps.